Les coulisses d’une création

Les coulisses d’une création

 

C’est un état d’esprit. Tout commence par l’état d’esprit

Même au moment où tu prends la photo, tu es déjà dans un état d’esprit.

Si tu es trop joyeux, tu ne peux pas faire de créations noires, tout comme tu ne peux pas prendre de photos gaies quand tu es dépressif.

Mes états esprits les plus créatifs sont la colère et la haine. Alors oui, tu vas me dire c’est pas très joli tout ça. Mais c’est là que je te réponds que je m’en tape, l’artiste, c’est moi.

Je ne hais pas tout et tout le monde. Je suis sélectif dans la haine et le mépris. Ce que je hais et ce qui me met en colère me sont personnels et ne sont que mes inspirations de création, donc aucun besoin de nous étendre sur le sujet.

Pour la création à proprement parler, il faut savoir que sur 200 photos, au moins 150 vont à la benne car aucune ne m’inspire. Mes meilleures créations sont généralement consécutives à des semaines de merde! Les créatifs n’ont jamais eu une vie facile et malheureusement, je ne déroge pas à la règle. Ma vie, bien qu’heureuse, ne l’est que parce qu’on s’est battu, ma femme et moi, pour surmonter des obstacles devant lesquels beaucoup aurait fait demi-tour: parasites, enfoirés, boiteux divers et variés, jalousie, morts, mesquineries, sacrifices, écorchés, je peux continuer toute la nuit. Comme toujours, beaucoup nous ont lâché, peu nous ont toujours soutenu envers et contre tous, ils se reconnaîtront.

Seuls au milieu du désert

Revenons à l’essentiel…

Début de shooting… Pourquoi prendre des clichés de la plage, statique, ennuyeuse, répétitive, aucun intérêt. J’en ai fait, je n’en ai sorti aucun plaisir.

Sans être investi d’aucune confession, on a tous une mission. A mes yeux, celle du photographe est de vous jeter à la gueule ce que vous ne voulez pas voir. Désolé, la vie, ça fait mal, faut vous y faire. Les personnes qui me donnent à la fois la nausée et la diarrhée, sont celles qui vivent dans des putains de bulles dorées et qui ont l’indécence de se plaindre, encore, toujours, et sans cesse.

Donc, début de shooting, se balader dans les quartiers où personne n’ose aller, parce que c’est laid. Parler avec les gens, et se faire confirmer que le moindre clodo panaméen a plus de valeur que tous ces arrivistes. Les prendre en photo même s’ils ne sont pas d’accord, à leur insu, bien que la plupart d’entre eux soit demandeur, parce qu’on veut qu’ils laissent une trace, eux aussi, passer 1/2 heure dans une fonda (restaurant bas de gamme où pas un aseptisé n’ose mettre ses pieds ou ses fesses) et discuter dans un espagnol approximatif avec ces gens qui ont une vie entière à raconter. Finir alcoolisé parce qu’une cerveza offerte de bon cœur ne se refuse pas… Aller dans les rues mal famées ou des femmes se prostituent, parfois par choix! Connaitre le prix de leurs services de la bouche d’un chauffeur de taxi édenté!

IDGAF - Voiture

Retour à la maison, en bus, avec les travailleurs panaméens qui malgré des journées harassantes, gardent le sourire et la joie au cœur. Prend des leçons jeune padawan, ces personnes ont tout à t’apprendre. Jamais je ne me suis senti en danger au milieu de ces gens, je les salue, je les respecte, je les aime.

Nuit de sommeil. Auprès de ma femme!

Lendemain, autre état d’esprit. Le photographe devient un créateur.

Ambiance. Pas ou peu de lumière, 2 cafés, musique. Exemple de mon usine à inspiration. Musique, c’est comme l’état d’esprit. Il faut qu’elle dégage de l’emotion en fonction de ce que tu veux faire passer. Tu ne peux pas créer de tristesse avec les Beach Boys dans ta playlist.

Certaines photos me prennent 2 heures à transformer, d’autres 2 mois. Tout est question de timing. Certaines me prennent à peine quelques minutes pour savoir ce que je vais en faire. D’un point de vue technique, des créations se prennent 20 calques pour produire l’emotion. Une photo n’est jamais finie. Tout peut être amélioré, changé. Même mes plus belles réalisations me laissent toujours un sentiment frustrant d’inachevé.

IDGAF-Photography - 58

Une dernière chose, tu n’as pas besoin d’un appareil de malade pour faire de belles photos et dégager ton émotion. Ton émotion, mon pote, elle est dans tes yeux et dans ton cœur. Ne laisse jamais un mec plus riche que toi te faire croire que tu vaux moins que lui, car celui-là, crois moi par expérience, ne vaut rien. J’en ai rencontré, j’en ai vu, j’ai même fondé un club de photographes, que j’ai quitté parce qu’on suivait des règles pré-établies. Et dans une création photographique, la seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règle.

A partir du moment où tu rentres dans un moule, tu perds ton âme. Et mon âme, moi, j’y tiens.

Maintenant, si ton truc, c’est de t’extasier devant des photos de fleurs, de papillons, de cascades, de rochers, alors libre à toi, passe ton chemin car tu ne trouveras pas ça ici.

 

 

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